Un château du XIIème siècle… flambant neuf

Au hasard de mon trajet, de retour du roadtrip uk/écosse, j’ai croisé un panneau d’indication qui a immédiatement allumé une lumière dans mes souvenirs : Site de construction du château de Guédelon. Je me souviens avoir entendu parler il y a un moment déjà de cette entreprise un peu folle de construire, en plein milieu de la bourgogne, un château-fort selon les techniques de l’époque : c’est l’archéologie expérimentale, ou l’on met en pratique ce que l’on pense savoir pour voir si oui ou non, cela pourrait fonctionner. Et à en croire les œuvriers, bien des choses n’étaient pas forcément claires.

Démarré en 1997, la construction du chateau part de zéro : une ancienne carrière désafectée servira de site de construction, perdu au milieu d’une forêt et non loin d’un étant. Cette situation a son importance car à l’époque, on ne faisait pas venir le bois de pologne : on le coupait dans la forêt d’à côté pour l’utiliser directement. Pareil pour les pierres que la carrière pourra produire. Techniques d’antan oblige, la construction est prévue pour s’achever en 2025 —ce qui ne manque pas de faire sourire les œuvriers qui semblent convaincus que ce délai ne sera pas tenu, une tradition dans le bâtiment.

Le château ne reproduit pas un chateau pré-existant : son architecture est nouvelle, mais suit les méthodes et habitudes du XIIIième siècle. En effet, les châteaux forts étant des places fortes militaires, ils tirent tous parti de leur situation naturelle, de leur environnement, afin de maximiser le potentiel défensif ou offensif, c’est selon, de la construction. Guédelon ne fera donc pas exception : on y retrouve un pont levis —mais pas de douves, assez rares car délicates à maintenir en état— flanqué de tours, une herse, un donjon, un bâtiment principal, des cuisines, une chapelle dans l’une des tours, et quelques portes dérobées comme il se doit.

J’ai eu de la chance de pouvoir encore visiter le site si tardivement dans la saison : c’était l’avant-dernier jour avant la mise en sommeil du chantier durant l’hiver.

Tout était réuni pour une ambiance médiévale impeccable : le sol boueux, une belle averse… on se serait cru dans un épisode de Game of Thrones ! Et c’était d’autant plus charmant.

Sans chercher à vous retracer l’intégralité de ce qui a été dit durant les presque 2h de visites, j’ai tout de même retenu quelques éléments qui semblent être du bon sens mais que les techniques de constructions modernes semblent avoir oubliées.

Le bois

Une construction pareille utilise beaucoup de bois, que ce soit pour les échafaudages, les charpentes et autres menuiseries. Celui-ci provient donc entièrement de la forêt alentour. On comprend mieux pourquoi à cette époque —au XIIième siècle— les forêts étaient plus éparses qu’aujourd’hui !

La charpente du bâtiment principal est composée de poutres courbes, ce qui lève forcément la question : comment sont-elles courbées ? La réponse, bien que surprenante, est toute simple : elles ne le sont pas ! On choisit simplement des troncs qui ont la forme que l’on souhaite ! Ainsi, nul besoin de couper les fibres du bois, et des poutres même relativement fines —par rapport à une charpente actuelle— ont une solidité structurelle bien plus importante.

La pierre

Il existe différentes qualités de pierres, que l’on utilisera pour différentes parties du bâtiment. Les plus solides seront utilisées pour l’extérieur des murs, que l’on remplira avec des pierres moins denses. Parce que oui, les murs sont épais, très épais —surtout ceux de l’enceinte extérieure.

Pour obtenir des beaux blocs de pierre, on retrouve le respect de la matière tout comme pour le bois : on choisit les blocs selon la direction dans laquelle on va pouvoir les fendre, en « lisant » la pierre, ses veinages et ses fractures naturelles. Tout un art !

Le métal

Au moyen-âge, le métal était une matière bien plus laborieuse à obtenir que de nos jours. La carrière du château de Guédelon comporte des pierres riches en minerai de fer, c’est une aubaine. Mais pour transformer ce minerai en fer, il faut une quantité colossale de travail dont je ne soupçonnais pas pas l’existence. Il faut d’abord concasser le minerai, puis le cuire jusqu’à ce que la pierre redevienne lave, afin de séparer le fer de la pierre. Il faut ensuite le frapper, encore et encore, puis le replier sur lui-même, le chauffer, le frapper encore… Le fer est en fait comme une pâte feuilletée, composée de couches. Sans cette structure, il n’a strictement aucune solidité : oubliez les films d’aventure ou l’on voit une épée coulée dans un moule en sortie de forge : elle ne tiendrait pas la moindre bataille.

Face au labeur pour obtenir ce matériau, on comprend mieux pourquoi les clous —les vis n’existent pas en tant que telles à cette époque— ne sont utilisées que rarement !

Concluons !

Il y a tant à dire sur ce château, car autour du chantier c’est une véritable petite ville autonome qui s’est créée, comme à l’époque, avec un moulin et son meunier, des paysans et leurs animaux, un vannier pour faire les paniers et autres ustensiles, etc. Même si les costumes des oeuvriers et autres Guédéléens (?) ne se veulent pas historiquement authentiques, nous autre public avons réellement l’impression de voyager dans le temps.

A noter également que pour ceux qui aimeraient participer à cette expérience, le chantier cherche chaque année des apprentis qui le temps d’une semaine environ, vivent le quotidien et aident aux différentes tâches de construction ou de vie commune dans le village. Voilà qui est fort intéressant, il y a probablement des choses passionnantes à apprendre et à vivre !

Une visite fort intéressante donc, sur un site absolument unique et animé de passionnés. On en oublierait presque, le temps d’un après midi, les smartphones et autres réseaux sociaux !

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