Comment sont calculées les cotations VTT ? Peut-on réellement se fier aux parcours bleus, rouges ou noirs lorsqu’on prépare une sortie ?
Entre les recommandations officielles de la FFC, les cartes, les GPS, les traces GPX et la réalité du terrain, il existe souvent un écart important. Pente, technicité, exposition ou état du sentier : autant d’éléments difficiles à résumer dans une simple couleur.
Après m’être récemment retrouvée sur un sentier beaucoup plus compliqué que prévu malgré une reconnaissance préalable… je me suis replongée dans cette question : les cotations VTT et les préparations “maison” ont-elles finalement les mêmes limites ?
Le besoin de préparer ses sorties
Quand on prépare une sortie VTT, on aime bien croire que tout est plus ou moins prévisible. Moi, en tous cas, j’aime bien savoir où je mets les roues : je roule seule, ma technique est loin d’être exceptionnelle, et je ne suis pas une montagnarde infaillible. Tout en aimant « tenter des trucs ».

Pour cela, dans la pratique du VTT on peut se reporter sur des itinéraires balisés. Comme en randonnée, mais ils ajoutent en plus une cotation de difficulté. Un peu comme les pistes de ski : simple, lisible.
Une trace verte, c’est pour toute la famille. Petits compris.
Une trace bleue, c’est accessible.
Une trace rouge, plus engagé.
Une noire… bon, là on sait qu’on risque de transpirer un peu.
Et puis il y a les cartes, les courbes de niveau, les heatmaps, les photos satellites, les photo du terrain, les traces partagées sur internet avec les avis de ceux qui les ont parcourues… Toute une panoplie d’outils qui donnent l’impression qu’avant même de mettre un pied dehors, on peut déjà savoir à peu près ce qui nous attend.
En théorie.

Parce qu’en pratique, il suffit parfois d’un morceau de sentier pour rappeler à quel point le terrain aime résister à nos petites catégories.
C’est précisément ce qui m’est arrivé récemment dans une vidéo tournée sur un itinéraire où je pensais savoir dans quoi je m’engageais. Le problème, c’est que j’étais déjà passée là auparavant… mais à pied, deux ans plus tôt, et absolument pas dans l’optique de me demander si ce serait une bonne idée à vélo. Un souvenir donc, mais pas vraiment le bon !
Comme quoi, même une reconnaissance terrain peut parfois être un peu à côté de la plaque.
La vidéo qui a inspiré cet article
Cette réflexion est née après une sortie où je me suis retrouvée sur un sentier qui paraissait parfaitement raisonnable… jusqu’au moment où il a fallu réellement le rouler.
Entre reconnaissance à pied, lecture de terrain et réalité à vélo, la théorie a légèrement commencé à se fissurer !
Comment fonctionnent les cotations VTT ?
Les systèmes de cotation, en VTT ou ailleurs, ne sortent pas de nulle part.
En France, beaucoup de parcours balisés utilisent les recommandations de la FFC. Le principe est assez simple et plutôt logique : pour obtenir une difficulté globale d’un itinéraire, on part de plusieurs critères évalués séparément, que l’on additionne et boum : une cotation, du vert au noir selon le score obtenu.
La méthode de classification officielle utilisée par la FFC repose notamment sur la distance, le dénivelé et la technicité des parcours.
Cahier Technique FFC -balisage et classification VTT | Classification et balisage
des parcours cyclistes

Les critères pris en compte sont :
- la distance totale
- le dénivelé cumulé
- la technicité
- le type de chemins empruntés
A première vue, c’est raisonnable. Mais un parcours entier est plus compliqué qu’une addition de chiffres. Parce qu’entre deux parcours qui affichent exactement la même cotation (eg. le même « score »), on peut aussi bien avoir une longue balade forestière qu’une espèce de mur caillouteux o` il faut négocier avec ses quadriceps à chaque virage. Oui, je caricature un peu.
Mais aussi parce que la cotation doit être adaptée selon la localité. Donc il y a une part de « ouais c’est dur, mais pour ici, c’est simple, donc c’est bleu« . Deux bleus ne se valent pas toujours…
Ce n’est pas forcément mal coté, c’est simplement que de résumer un terrain entier dans une simple couleur est presque impossible.
Les grimpeurs mettront en avant que dans leur discipline, l’escalade, les cotations sont infiniment plus fines. C’est vrai. Mais une voie d’escalade est aussi plus contenue en distance et très localisée dans l’espace : les contraintes ne sont pas les mêmes. Peut être y aurait-il matière à s’en inspirer, mais pour l’instant ce n’est absolument pas le cas.
Le dénivelé ne raconte pas toute l’histoire
Prenons un exemple simple mais qu’on a plus ou moins tous déjà vécu : la gestion du dénivelé.
La cotation FFC prend bien en compte le D+, ce qui parait logique. Mais elle s’intéresse surtout au cumul total, et pas vraiment aux pentes elles-mêmes.
Or, 200m de dénivelé à 2%, c’est une voie verte tranquille sur 10km. Alors que 200m à 20%, c’est un mur sur 1km ! Et ce n’est absolument pas la même expérience.


Sur la carte, pourtant, les deux font juste « +200m ». Merci, au revoir.
En montagne, ça donne parfois ces situations assez amusantes où des parcours classés en bleu — donc théoriquement accessibles à un large public — te demandent quand même de grimper quelques rampes franchement pas piquées des hannetons.
Pas forcément techniques, ni dangereuses. Mais physiquement assez loin de l’image petite sortie tranquille qu’un bleu peut évoquer ailleurs.
Un sentier bleu… mais dans quelle montagne ?
La FFC elle-même laisse une part d’interprétation aux territoires afin de garder une cohérence globale sur un même site.
Cela parait sensé, parce que dans certains massifs, si on appliquait exactement les mêmes standards qu’en plaine de manière rigide, il n’y aurait probablement que du noir, au mieux quelques rouges…
Un bleu montagne peut être dans la réalité du terrain une sortie déjà exigeante physiquement, alors que le même bleu plaine peut être une balade chill le long d’un canal…
Ce n’est pas absurde, finalement en montagne il faut bien pouvoir « mettre un peu de vert et de bleu ». Encore que… car nous, utilisateurs, avons tendance à voir ces couleurs comme des repères absolus, alors qu’il faut les réinterpréter en fonction de chaque lieu. Sans qu’on nous y aide.
Les couleurs sont des repères. Pas des garanties.
Les limites des préparations maison
Ce qui est intéressant, et remet un peu l’église au centre du village, c’est que dès qu’on commence à construire ses propres itinéraires sans une connaissance préalable approfondie du territoire, on se heurte exactement aux mêmes limites !
On regarde les cartes, les lignes de niveau, l’épaisseur des chemins, les photos satellites, les heatmaps… et malgré tout ça, il reste toujours une part d’inconnu.


Parce que deux courbes de niveau serrées ne racontent pas l’exposition, le vide, le grip, le terrain raviné, le portage…
Là aussi, une lecture qui peut passer dans un territoire peut être totalement différente ailleurs. Deux lignes de niveau resserrées indiquent forcément une pente importante, mais cette même pente sur un flanc de montagne boisé ou dans un pierrier ne se vit pas du tout de la même manière. Je force à nouveau le trait pour la comparaison, et dans la réalité il suffit parfois de bien peu de choses pour basculer d’un agréable sentier flowy à un passage exposé et ressenti comme dangereux.
Une trace GPX bien préparée te donne une direction. Elle ne peut pas transmettre ce moment précis où tu arrives sur les lieux et ou te dis que « ah ouais, quand même ». Expression universelle, je pense !
Et finalement, ce n’est pas si différent des limites d’une cotation officielle. Dans les deux cas, on essaie de résumer un terrain vivant avec des outils forcément imparfaits.
Le piège de la reconnaissance préalable
Et puis il y a encore une autre illusion assez drôle : celle de croire qu’on connaît déjà un sentier parce qu’on y est déjà passé.
En réalité, même là : tout dépend du contexte.
Parce qu’un chemin qui passe bien à pied ne dit absolument rien de ce qu’il donnera à vélo. Pour la plupart d’entre nous en tous cas, j’exclus les chamois à roulette selon l’expression du grand Fatscal !
À pied, tu peux poser les mains, choisir précisément tes appuis, t’arrêter instantanément, voire contourner une difficulté par un chemin pourri, mais un peu moins…


À vélo, les mêmes obstacles prennent vite une toute autre dimension. Un passage dans des blocs rocheux devient un obstacle, une pente un peu raide peut soudain sembler super sérieuse et un sentier étroit qui semblait simplement “rustique” à pied peut rapidement se transformer en séance de poussage intensif.
La seule chose qui met à peu près tout le monde d’accord je pense, c’est que quand ça ne passe pas à pied, on arrête de réfléchir au vélo.
Ce que je trouve amusant avec ça, c’est qu’on peut même réussir à ne pas être d’accord avec soi-même.
Entre le souvenir qu’on garde d’un endroit et la réalité du terrain dans une pratique donnée, il y a parfois un monde.
Sans compter qu’entre temps, le sentier a pu évoluer. La météo a changé. L’érosion a pu passer par là…
Et surtout, notre cerveau adore retenir que « C’était sympa ! ». En oubliant parfois un peu les 45 minutes de galère au milieu. Tant mieux en règle générale, mais là, ça ne nous arrange pas toujours.
La montagne n’est ni une couleur, ni une trace GPX : et c’est bien ça qu’on aime !
Au fond, les cotations, les cartes et les GPS ne remplacent jamais vraiment le terrain. La présence. Le vécu. Les sensations. Le petit chatouilli dans le ventre quand on constate que c’est pas tout à fait comme ça qu’on voyait la chose.

Ils donnent des indices. Des approximations, qui parfois sont même très bonnes.
Mais entre voir une ligne sur une carte et être physiquement sur le sentier avec son vélo, il restera toujours quelque chose qu’on ne peut découvrir qu’en allant voir.
Evidemment, préparer ses itinéraires reste extrêmement utile. Que ce soit avec des boucles balisées, des créations personnelles ou un mélange des deux. Ça peut éviter quelques très mauvaises idées.
Mais en fin de compte il reste toujours une part d’inconnu, que seul le terrain pourra révéler. Et c’est peut être précisément ça qui fait le piquant de la discipline !
