Pour cette deuxième semaine d’itinérance, je choisis de partager avec vous une réflexion qui m’est venue lors d’une sortie à VTT que j’ai faite cette semaine.

Toujours dans les Vosges, secteur de Gerardmer : c’est aussi un site FFC VTT. C’est à dire un site proposant des itinéraires spécifiques pour la pratique du VTT, validés et reconnus par la Fédération Française de Cyclisme. Du sérieux, quoi ! Chaque itinéraire est coté en difficulté sur une échelle de couleurs, un peu comme les pistes de ski : du vert, facile, au noir, réservé aux experts. Je schématise car c’est un peu plus fin que cela, mais c’est l’idée générale.

Le bien connu fléchage VTT

A la faveur d’une belle journée je décide donc de profiter de ces circuits officiels et enfourche ma bécane pour réaliser l’itinéraire numéro 2 : classé rouge, pour une distance de 22km environ avec 500m de dénivelé positif. Il s’agit d’un parcours « classique », et non d’un parcours à profil descendant (enduro). De quoi passer un bon moment à grimper, mais aussi je l’espère profiter de belles descentes sur les nombreux sentiers de la région.

« Un bon moment de VTT en perspective ! », me dis-je.

Sauf que… pas complètement. Si l’ascension est bien là, certaines portions se faisant même par des sentiers, le reste s’avère assez fade. On ne quitte presque pas les chemins d’exploitation forestiers, parfois même les routes secondaires, et seuls quelques passages pourraient passer pour des sentiers. Il manque à mon sens une sorte de récompense : redescendre par des sentiers nécessitant minimum de pilotage, ce qui fait partie du plaisir —même si je pilote comme une crêpe. C’est une cotation rouge pour du VTT, que diantre, pas un parcours familial du dimanche !

Alors je m’interroge : la cotation serait-elle trop frileuse ? Serait-elle restée bloquée sur une pratique datée des années 1990 façon cross-country ? Ce n’est pas la première fois que je me fais cette réflexion. En fait elle est récurrente sur la quasi totalité des itinéraires « FFC VTT » que j’ai eu l’occasion d’emprunter, et ce dans divers massifs montagneux : il doit y avoir quelque chose. Alors en creusant un peu, j’ai trouvé un document décrivant précisément comment les sentiers sont cotés. On y apprend que la cotation des itinéraires classiques est issue de 4 critères :

  • La distance
  • Le dénivelé positif
  • Le type de voies emprunté
  • La technique de pilotage nécessaire

Chaque critère donne un certain nombre de points, lesquels une fois sommés donnent une couleur du parcours. Cela semble cohérent.

Mais, et je pense que c’est ici que le bât blesse, le document précise :

Sur un parcours de difficultés variables, la cotation finale prend en compte, pour chaque critère, les indices les plus hauts. Afin d’en garantir la fiabilité, la cotation sur chacun des critères ne doit pas être sous-évaluée.

La cotation favorise donc le « pessimisme » : elle tend à aller vers le plus difficile à la moindre occasion, aussi mineure sur le terrain soit-elle. Si on peut comprendre de chercher à ne pas envoyer au casse-pipe des vététistes sans expérience, cela explique aussi pourquoi les circuits verts, sont aussi rares.

Pour l’exercice, voici comment se décompose la cotation de l’itinéraire que j’ai fait —en estimant bien au plus haut chaque critère comme l’indique la brochure :

CritèreValeurPoints
Distance22km3 points
Dénivelé positif500m3 points
Type de voiesChemins forestiers et quelques centaines de mètres de sentiers monotrace3 points
Technique de pilotageQuelques ornières, et zones humides.2 points
Total11 points

Et devinez quoi ? 11 points, c’est niveau rouge (presque noir, lequel démarre à 13 points). L’estimation « au plus haut » est clairement de nature à artificiellement placer un circuit plutôt facile dans la catégorie difficile, sans que cela ne se ressente comme tel sur le terrain.

Il me semble que ce que fait ressortir cette petite analyse, c’est la difficulté de coter un parcours tout entier : prend-on la difficulté maximale rencontrée en un point donné du circuit ? Une moyenne, difficile à rendre objective ?

Dans mon cas, la présence d’un peu de sentiers et quelques ornières « pénalise » la cotation toute entière, pour moi sans rapport avec le terrain. Et, mais c’est là un avis personnel, 500D+ ne représente pas encore un dénivelé réellement « difficile », surtout s’il est fait par des pistes au gradient relativement modéré. Mais dans la cotation FFC, on est déjà à 3 points sur 4 pour ce critère… Ne parlons pas de la technique de pilotage « ornière et zones humides »…

Je ne cherche pas à blâmer la FFC de chercher à coter les itinéraires, il faut bien donner une petite idée de ce à quoi s’attendre. Ce que je regrette par contre, c’est l’absence de détail sur les différents critères dans les descriptifs de ces itinéraires. Si distance et dénivelé sont toujours indiqués, aucune mention n’est faite des deux autres critères pourtant décisifs sur le type de sortie que l’on va faire : 25km sur piste forestière, ce n’est pas du tout la même affaire que 25km sur du sentier étroit et exposé !

Je sais bien qu’il existe les parcours typés « Enduro », donc à profil descendant. Mais ils sont fort rares, et je dois reconnaitre que ces pistes souvent façonnées (shapées) pour optimiser la vitesse ne me passionnent pas vraiment; j’y préfère de loin un sentier de randonnée quitte à mettre pied à terre car je n’ai pas le niveau pour franchir certains —la majorité— des obstacles que l’on y trouve. Affaire de goût !

Quel est votre ressenti par rapport à cela ? Avez-vous des expériences similaires, ou au contraire très différentes avec les parcours « FFC VTT » ?

Je vous laisse avec quelques images prises durant mes sorties de la semaine, entre vtt, gravel, route et rando.

À la prochaine !

3 réflexions sur “De la difficulté de cotation d’un itinéraire VTT (ou autre)”

  1. Bonjour Méline. Je ne pratique pas le VTT, mais le VTTAE pleine nature (route et chemin). Je pratique assidûment l’escalade en falaise depuis de nombreuses années, sport ou la cotation des voies revêt un très grande importance. Je pourrai en écrire un livre mais bon, pour ne pas être trop long, je simplifie : A la naissance d’une voie d’escalade, l’ouvreur ( celui qui a imaginé, nettoyé, installé les points de protection) propose une cotation et se base sur son ressenti ( directement lié à son expérience et à son niveau de pratique). La voie est répétée par d’autre grimpeurs qui confirment à la hausse ou à la baisse. La cotation est « établie ». Elle résulte donc d’un consensus entre pratiquants. Dans le temps, la cotation d’une voie d’escalade peut évoluer très légèrement, à la baisse en général. Il y a aussi cette notion qu’il faut prendre en compte : il est important que la cotation des voies d’une même falaise X soit homogène : que toutes les voies d’un même niveau annoncé soit la cotation ressenti. Ensuite, sur la falaise B, à 20km ou dans une autre région, il peut y avoir une légère différence qui peut faire dire : punaise, cette falaise est côtée sévère. Il arrive que l’on ne comprenne pas la cotation d’une voie, soit parce qu’elle est vraiment mal cotée, soit que l’on ait pas trouvé la méthode pour la parcourir, soit parce la répétions des passages, ait « patiné « , le rocher, rendant les prises de mains et de pieds glissante, augmentant naturellement la difficulté de la voie. Voilà un petit aperçu des problèmes de cotation que l’on peut trouver dans un autre sport nature.

    1. Merci pour ce commentaire plein d’intérêt. Je ne pratique pas l’escalade mais, curieuse que je suis, me suis intéressée à la citation des voies. C’est effectivement beaucoup plus fin que le code couleur décide d’autorité pour le VTT. L’aspect évolutif par la communauté est intéressant et pertinent, mais délicat à appliquer au vtt puisque le balisage, et donc la cotation, est littéralement « cloué aux arbres ». Il faudrait changer toute la signalétique si une cotation évolue, on voit d’ici le micmac que cela occasionnerait. Pas facile à adapter mais une bonne piste de réflexion, peut être grâce à la dématérialisation ?

      1. Il me semble qu’à minima, pour un circuit VTT, il devrait y avoir deux cotations, selon la météo du jour. En escalade, le problème ne se pose pas. Quand il pleut, on ne grimpe pas (en falaise). On imagine aisément en VTT, une difficulté accrue sur une « piste » détrempée.

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